Le Don paisible

Category: Livres,Romans et littérature,Littérature russe

Le Don paisible Details

Une immense fresque sur la Révolution russe qui valut le Prix Nobel à Mikhail Cholokov en 19651912 sur les rives du Don, pays de steppe balayée par le vent, de marais, de roseaux, où vit un peuple rude de paysans-soldats. Le récit commence par une brûlante histoire d'amour qui n'obéit pas aux lois ancestrales. Et bientôt, autour du Cosaque Gregori Melekhov, de son amante Aksinia, de sa femme Natalia, de son village et de sa terre, le vent de l'Histoire se met à souffler. De 1914 à 1922 il balaie tout sur son passage : les destinées individuelles et le monde ancien sont entraînés dans la guerre étrangère, la Révolution, la guerre civile, les premières années du pouvoir soviétique. Grigori hésite d'un camp à l'autre, se bat finalement au côté des Blancs puis, au terme d'une décennie de tourmente, rentre au village de Tatarski dévasté. Ce livre connut un destin étrange : antibolchévique, il eut dans l'ex-URSS statut de livre officiel ; l'identité même de son auteur demeure incertaine. Poutant il brille d'un éclat inaltérable. Comparé dès sa parution à Guerre et Paix de Tolstoï, il apparaît aujourd'hui comme un superbe roman de la grande lignée russe. Son universalité fait de cette geste cosaque un des chefs-d'œuvre du XXe siècle.

Reviews

Un pavé cosaque de presque 1400 pages qui se dévore au galop et dans la sueur des chevaux. Les personnages ne savent pour la plupart pas où ils vont et restent le jouet des circonstances, à l'image du héros, l'intrépide mais versatile Grigori Melekhov qui va et vient entre Blancs et Rouges, flottant "comme du crottin dans un trou d'eau". La langue est belle (traduction C.Vitez) avec un riche vocabulaire de la faune et de la flore ainsi que des travaux des champs, de l'épi au grain, avant la gerbe, la javelle, la moyette et l'éteule... Beaucoup de métaphores heureuses où la nature figure comme un personnage à part entière et un goût sûr pour le détail saillant au sein de cette fresque monumentale, retraçant dix ans (1912-1922) d'une histoire pleine de bruit et de fureur sur les bords du Don (Russie méridionale, fleuve long de près de 2000 km). Sans atteindre à la profondeur et au souffle de l'épopée d'un Léon Tolstoï ou d'un Vassili Grossman, ce beau gros livre dit la voix bientôt éteinte des victimes, surclassant de cent sagènes le surévalué "Docteur Jivago" de Boris Pasternak.L'oeuvre est par ailleurs doublement énigmatique : Cholokhov (prix Lénine en 1941, Staline en 1960 puis Nobel en 1965) en est-il vraiment l'auteur? La postface, passionnante, ne tranche pas définitivement. Autre question, encore plus brûlante : comment ce texte anti-soviétique a-t-il pu acquérir le statut d'oeuvre officielle sous le régime communiste? Mystère et bulbe de gomme...NB : la première adaptation pour le cinéma date de 1930, deux ans après la parution de ce livre à succès. La version de S.Guerassimov (1957-58) est plus connue et vaut le coup d'oeil même si l'épopée passe mieux à l'écrit qu'à l'écran. Le grand S.Bondartchouk lui-même s'engagea dans une adaptation restée inachevée à sa mort.PS : des Cosaques se rebellèrent à nouveau contre les soviétiques pendant la seconde guerre mondiale, allant jusqu'à combattre sous l'uniforme nazi ("armée Vlassov") et la conduite d'un ancien général tsariste octogénaire. Une pitoyable et sanguinaire épopée, une course meurtrière (et suicidaire) qui finit tragiquement sur les bords autrichiens de la Drave après que les nazis leur eurent promis une "république cosaque" installée dans les montagnes de la Carnia (Nord du Frioul, en Italie). Après la reddition des Cosaques, les Britanniques trahirent la parole donnée et livrèrent ignominieusement les survivants aux bourreaux de Staline. La petite ville de Nimis (province d'Udine) nichée dans une vallée entourée de vignobles collinaires, fut partiellement incendiée par ces soldats du Don le 25 août 1944. Voir le (hélas médiocre) roman du frioulan Carlo Sgorlon ("Le Carrosse de cuivre") et le récit, excellent quant à lui, du triestin Claudio Magris ("Enquête sur un sabre"). Une page historique peu connue hors de la région.

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